« Rien ne vaut une bonne râclée ! »   15 février 2011

« Je vais leur mettre une râclée ! »
Attablé dans le restaurant devant une tarte aux pommes, absorbé par mes pensées, je sursaute tant le projet énoncé est déclamé haut et fort.

« Je vais mettre une râclée à toute l’équipe, ils n’ont rien foutu ! »
Devant la réitération de la menace, je me retourne et aperçois l’agité cravaté, debout, gesticulant devant une tablée d’hommes costumés.

C’est un manager, que dis-je, mieux que cela, un dirigeant d’entreprise, en tout cas probablement quelqu’un qui a l’habitude de faire du ménage.
Il essaie de rassurer ses clients. Manifestement, le travail promis n’a pas été réalisé par son équipe de branquignols.
Et bientôt les bougres vont goûter à la raclée promise par leur délicat patron, histoire de comprendre au moins leur douleur à défaut d’autre chose.

L’homme souligne ainsi doublement sa propre incompétence : le travail n’est pas réalisé et son équipe est tocarde.

À leur mine grise, il semble évident que la solution envisagée n’entraîne pas les clients dans un élan d’optimisme. Comme si une bonne tarte allait faire rentrer dans le moule des ânes batés !

L’on peut simplement craindre qu’une entreprise managée de cette façon ne finisse par cumuler bourdes et ratés !

Plutôt que de multiplier des audits sur les systèmes de management, on devrait se soucier de la qualité et de la pertinence du management des hommes, véritable  sésame de la performance des entreprises de demain.

On commence à avoir des scrupules éthiques à traiter avec des entreprises qui font travailler les enfants, on devrait avoir les mêmes avec celles qui maltraitent leur personnel. Et le manque de respect est une forme de maltraitance.

Bon… en attendant l’avènement du management éthique, le patron spécialiste de la râclée vient de perdre ses clients et moi, je n’ai plus le temps d’achever ma tarte aux pommes…

Pascal François (http://pascalfrancois.blogemploi.com)

Et vous, qu’en pensez-vous ?
Croyez-vous qu’on peut obtenir le meilleur de ses collaborateurs en les maltraitant ?
Comment traitez-vous vos collaborateurs, en public et en privé ?
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Cette entrée a été publiée le mardi 15 février2011 à 12 h 05 min, et rangée dans Management, Motivation. Vous pouvez suivre les réponses à cette entrée via son flux RSS 2.0.Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un rétrolien depuis votre site.
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6 réponses

24 février 2011 à 11 h 58 min
Marc Halévy écrit :

Vous écrivez : « On commence à avoir des scrupules éthiques à traiter avec des entreprises qui font travailler les enfants, on devrait avoir les mêmes avec celles qui maltraitent leur personnel ». J’adhère, mais j’ajoute : on devrait commencer à avoir des scrupules éthiques à traiter avec des entreprises qui font travailler des crétins ! Il faut prendre garde à l’angélisme : le monde est truffé de bons à rien et le meilleur management du monde n’y changera rien … sauf à ne pas les recruter.

24 février 2011 à 12 h 04 min
Yves de Montbron écrit :

Merci Marc pour ce commentaire plein de bon sens.
Un manager crétin est dangereux pour la motivation de ses collaborateurs, et donc pour leur engagement.
Heureusement, même les crétins s’éduquent, se forment, se perfectionnent.
Et c’est précisément notre métier de consultants et de formateurs.

24 février 2011 à 12 h 34 min
Thomas écrit :

comme tout propos caricatural n’est pas crédible, toute généralité ne l’est pas moins. Comment faire de tels raccourcis et tirer de telles généralités à partir d’un propos sorti de son contexte?
La vraie vie est tout sauf simpliste et les propos simplistes s’apparentent plus au populisme qu’à totute forme de recherche de la vérité comprise.
Je suis dirigeant de plusieurs entreprises et je clame haut et forme que tout manager a la droit à la colère. Elle n’est pas forme d’incompétence ni de maltraitance, bien au contraire, elle est une expression authentique, humaine et souvent vraie. La grande erreur du management moderne et de faire des homes et des femmes manipulateurs, dont les propos sont politiques, polis et souvent faux voire tordus, et ces comportements sont généreteurs des formes de stress les plus forts dans les équipes. Une bonne colère a l’immense vertu d’être dite, exprimée et de passer. Les choses dites sans être dites, sont pernicieuses, laissent les collaborateurs dans une forme de doute et de malentendu qui cause des dégats profonds.
A méditer.

24 février 2011 à 12 h 52 min
Yves de Montbron écrit :

Cher monsieur Thomas, merci pour ce commentaire.
Bien entendu, la colère est une émotion naturelle, saine, salvatrice, qui permet d’évacuer un trop-plein d’énergie.
Mais autant une « sainte colère » peut être positive lorsqu’elle fait réagir et progresser, autant elle est négative et dévastatrice lorsqu’elle maltraite, dégrade, menace, ou rabaisse autrui. Ses effets négatifs peuvent rester ancrés durablement chez un subordonné.

Dans le billet que j’ai publié, le manager en question commet deux fautes graves :
– il dénigre ses collaborateurs devant des clients, au lieu de défendre ses équipes,
– il menace ses collaborateurs absents d’une punition grotesquement exagérée et se ridiculise,
Cela ne peut rien régler ni rattraper le travail mal fait.
Cela ne fait que montrer ses propres carences.
Ne pas confondre colère et incompétence managériale.

24 février 2011 à 13 h 07 min
FAVER Olivier écrit :

Bonjour, il est vrai que la colère ou plutôt un coup de gueule peut être salvateur si et seulement si il s’adresse à la bonne personnalité apte à le recevoir dans le but de la faire évoluer, avancer avec une explication pédagogique de cette attitude. Si c’est une colère générale destinée à l’ensemble de l’équipe qui n’a d’autre objectif que… d’hurler sur son personnel pour se défouler, voire reporter son incompétence ou sa faute de management sur les autres, là oui ça s’appelle de la maltraitance et ça n’a aucun sens, et même cela provoquera sans nul doute une démotivation totale de l’équipe ! Qu’en pensez-vous ?

24 février 2011 à 15 h 06 min
Yves de Montbron écrit :

Merci Olivier.
C’est vrai. Certains « petits chefs » croient qu’il faut hurler pour être entendu, menacer pour être obéi et être distant pour être respecté. 🙁

En réalité, c’est l’inverse qui se produit. Les collaborateurs n’ont aucune considéation pour ces petits chefs qui les blessent, les humilient, les méprisent. Et ils se mettent dans une attitude « d’émigration intérieure », c’est à dire d’évasion psychique et motivationnelle. Physiquement présents dans l’entreprise, mais psychologiquement absents.

En revanche, le manager positif valorise ses collaborateurs, pour leur permettre d’exprimer le meilleur d’eux-mêmes. 😉

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