Invictus, la puissance des symboles   23 février 2010

La finale de la Coupe du Monde de Rugby de 1995 fut perçue dans le monde entier comme un grand événement sportif. Pour l’Afrique du Sud, ce fut encore bien davantage : un tournant historique, un événement de portée nationale, qui refermerait les blessures du passé et ouvrirait de nouveaux espoirs.

Lorsque Mandela arrive au pouvoir, après 27 ans d’emprisonnement, l’Afrique du Sud est un pays meurtri, au bord de l’implosion. Pour réconcilier les ethnies, il ne suffit pas de proclamer la fin de l’apartheid. Le pays a besoin d’un symbole et d’un ferment d’unité nationale.

Pays hôte de la Coupe du Monde de Rugby, l’Afrique du Sud est automatiquement qualifiée pour la compétition. Mais les Springboks sont considérés comme une équipe mineure manquant d’expérience sur la scène internationale : à cause de l’apartheid, l’Afrique du Sud a été écartée des rencontres internationales durant des années. Personne ne croit les Springboks capables de remporter la victoire, et eux-mêmes n’y croient pas. Malgré cela, Mandela décide de miser sur une victoire des Springboks.

En faisant appel au sport pour réconcilier le pays avec lui-même, Mandela s’est montré visionnaire. Il était conscient de la nécessité de mobiliser et rassembler la nation autour d’un projet. Mandela savait que l’ensemble de la population devrait renouer le dialogue et se mettre à travailler main dans la main pour que le pays réussisse. Quelle meilleure illustration de ce concept qu’une victoire de l’équipe nationale ? Mandela rêve d’une «nation arc-en-ciel», dont le maillot vert et or des Springboks serait le premier symbole visible.

Mais face à la gravité de la crise sociale et économique, même les plus proches conseillers du président se demandent s’il est raisonnable de se focaliser sur le rugby. Beaucoup se demandent aussi pourquoi Mandela soutient les Springboks (le rugby étant un sport de Blancs) alors que les Noirs de son pays veulent éradiquer à jamais ce nom et cet emblème qui leur rappellent cruellement la ségrégation.

Mais Mandela a saisi, génialement, que ce symbole de division et de haine pouvait devenir un instrument au service de la réconciliation nationale. Utiliser la Coupe du Monde comme forum était une idée brillante, l’enjeu se situant bien au-delà d’une simple rencontre sportive. Mandela prenait fait et cause pour une équipe haïe des Noirs et obligeait tout son peuple à faire de même.

Mais une compétition sportive ne se prépare pas dans l’enceinte d’un cabinet présidentiel. Mandela se tourne donc vers le seul homme qui peut l’aider à atteindre son objectif : le capitaine des Springboks, François Pienaar. Mandela lui demande de se transcender et d’aller au-delà des attentes de son pays en remportant la Coupe. C’est énorme et sans précédent. François en est conscient, et toute son équipe comprend avec lui qu’elle est devenue un instrument politique de premier plan.

Dans le film, Mandela cite un poème qui fut pour lui un soutien et une source d’inspiration durant sa longue captivité. Ce poème, «Invictus», est l’œuvre de William Ernest Henley « Je suis le maître de mon destin, je suis le capitaine de mon âme »

Les leçons à en tirer pour le manager positif

Ce film est une source d’inspiration pour le manager, à plusieurs titres :

– Le leadership. Mandela ne fait rien d’extraordinaire, il ne crie pas, ne gesticule pas, ne menace pas. Il paraît même modeste et effacé. Et pourtant son leadership est incontestable, naturel, car il sait ce qu’il veut et où il va : « je suis le maître de mon destin, je suis le capitaine de mon âme ».

Dans notre rôle de manager, cultivons-nous ce leadership incontestable que produit la « vision », la faisons-nous partager à notre équipe contre vents et marées ?

– Ne jamais partir battu. Un conseiller de Mandela : « Selon les experts, les Springboks sont incapables d’aller en finale». Mandela : « Selon les experts, vous et moi devrions encore être en prison ».

Savons-nous déjouer les échecs annoncés, les auto-prédictions négatives, et les remplacer par une volonté implacable de gagner, de renverser la fatalité ?

– La vengeance remisée au placard. Après avoir été prisonnier durant 27 ans, Nelson Mandela veut recréer une nation multiraciale. Au début du film, il s’exprime devant les fonctionnaires de la présidence, presque tous blancs, et leur propose de continuer à travailler avec lui.

Savons-nous dépasser nos petites rivalités internes pour construire ensemble la réussite de l’équipe, de l’entreprise ?

– Accorder de l’importance aux « petites gens ». À plusieurs reprises durant le film, Mandela a un mot aimable, un signe de considération pour les personnes avec qui il est en relation, qu’ils soient Blancs ou Noirs, ministres ou domestiques. Chacun a de l’importance, de la valeur à ses yeux.

Dans notre rôle de manager, savons-nous accorder de l’importance aux « petites mains » qui nous entourent ? Savons-nous leur faire ressentir à quel point elles sont importantes pour nous ? Manager une équipe, c’est être attentif à chacun de ses composants, aussi modeste soit-il.

– La puissance des symboles. Dans un pays divisé, déchiré, Mandela produit des gestes symboliques dont la portée est immense.

J’en citerai 3 :

1) Il envoie l’équipe de rugby nationale (blanche) jouer avec les enfants pauvres (noirs) dans les townships pour leur faire découvrir ce sport. Résultat : tout le pays se rassemble derrière les Springboks durant la Coupe du Monde.

Savons-nous dépasser les rivalités internes pour unir tout le service, toute l’entreprise vers un but commun et glorieux ?

2) Il débarque au beau milieu d’une séance d’entraînement pour saluer individuellement par son nom chacun des joueurs de l’équipe. Résultat : chacun se sent personnellement investi d’une mission qui le dépasse, et se défonce pour son pays.

Savons-nous mobiliser individuellement chacun de nos équipiers pour qu’il se dépasse pour le projet de l’équipe, de l’entreprise ?

3) Il arrive revêtu du maillot des Springboks lors de la finale contre les All Blacks, pour afficher son soutien à son équipe, et son appartenance à un pays « arc-en-ciel ». Résultat : les joueurs sont galvanisés, les spectateurs sont chavirés, et l’équipe gagne, portée par tout un peuple.

Savons-nous organiser (ou exploiter) des événements à forte portée symbolique pour unir les hommes et les femmes de l’équipe dans un élan qui les dépasse ? Pour forger un sentiment d’appartenance auquel rien ne résiste ?

Invictus est une émouvante histoire vraie qui met en lumière le meilleur de l’homme et de ses capacités. Sachons nous en inspirer pour notre management.

Invictus, un film de Clint Eastwood, avec Morgan Freeman, Matt Damon…
Sources d’inspiration pour cet article : premiere.fr et commeaucinema.com

Et vous, qu’en pensez-vous ?
Avez-vous découvert d’autres leçons dans ce film, utiles en entreprise ?
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Cette entrée a été publiée le mardi 23 février2010 à 15 h 39 min, et rangée dans Management, Motivation. Vous pouvez suivre les réponses à cette entrée via son flux RSS 2.0.Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un rétrolien depuis votre site.
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2 réponses

5 mars 2010 à 8 h 55 min
Yves de Montbron écrit :

J’ajoute ici un commentaire laissé sur Viadeo par Marc-Henri Reboul de Wissner, suite à cet article :

« Ecrit dans des conditions particulières par William Ernest Wenley, lorsqu’il se trouvait sur son lit d’hôpital, après avoir été amputé d’un pied, Invictus est un court poème cité à de très nombreuses reprises dans la culture populaire, ce qui contribua à le rendre célèbre. Poème préféré de Nelson Mandela, il est repris dans le film Invictus de Clint Eastwood.
Le titre latin signifie « invaincu, dont on ne triomphe pas, invincible » et se fonde sur la propre expérience de l’auteur puisque ce poème fut écrit en 1875. A l’origine, ce poème ne possédait pas de titre, celui-ci fut ajouté par Arthur Quiller-Couch en 1900.

William Henley disait lui-même que ce poème était une démonstration de sa résistance à la douleur consécutive à son amputation.

Out of the night that covers me,
Black as the pit from pole to pole,
I thank whatever gods may be
For my unconquerable soul.

In the fell clutch of circumstance
I have not winced nor cried aloud.
Under the bludgeonings of chance
My head is bloody, but unbow’d.

Beyond this place of wrath and tears
Looms but the Horror of the shade,
And yet the menace of the years
Finds and shall find me unafraid.

It matters not how strait the gate,
How charged with punishments the scroll,
I am the master of my fate:
I am the captain of my soul.

En voici une traduction :

Depuis l’obscurité qui m’envahit,
Noire comme le royaume de l’enfer,
Je remercie les dieux quels qu’ils soient
Pour mon âme indomptable.

Dans l’étreinte féroce des circonstances,
Je n’ai ni bronché ni pleuré
Sous les coups de l’adversité.
Mon esprit est ensanglanté mais inflexible.

Au-delà de ce monde de colère et de larmes,
Ne se profile que l’horreur de la nuit.
Et pourtant face à la grande menace
Je me trouve et je reste sans peur.

Peu importe combien le voyage sera dur,
Et combien la liste des châtiments sera lourde,
Je suis le maître de mon destin,
Je suis le capitaine de mon âme.

Dans le cadre d’Invictus, magistralement porté par deux générations d’acteurs, Morgan Freeman et Matt Damon, l’essence du texte montre deux choses. Tout en sachant qu’il ne faut pas perdre des yeux que « Invictus » reste une grosse machine américaine laquelle aime à véhiculer ses messages de héros solitaire qui change le monde.

Que malgré les coups donnés par l’adversaire on peut continuer à avancer et que quoi qu’il arrive il faut continuer à avancer, même si on vous dit que c’est voué à l’échec. Le second, la motivation par l’inspiration. La motivation d’une équipe se mesure à la capacité d’un capitaine à porter son équipe à la victoire, malgré l’effort, malgré la fatigue, malgré les coups portés par l’adversaire.

L’inspiration par la motivation est d’autant plus vraie qu’il faut comprendre celui qui vous la transmet. François Pienaar a besoin de comprendre d’où lui vient l’inspiration, la foi et la capacité de Mandela à pardonner et d’aller de l’avant. C’est pour cela qu’il se rend, avec son équipe, sur Robben Island où fut emprisonné pendant 27 ans, Nelson Mandela aux travaux forcés à perpétuité.

La capacité à transcender et à aller de l’avant est la même inspiration qui a permis à l’Afrique du Sud, par le sport, par le Rugby, d’unifier une nation et de revenir au meilleur niveau mondial. C’est la même inspiration qui a porté l’équipe de France en finale de la coupe du monde de Football en Allemagne par son capitaine Zenidin Zidan, jusqu’à son geste fatale provoquer par Matezrazi.

En management, un capitaine qui est porteur de son éqiupe et montre l’exemple et lui insuffle la volonté, peut tout demander à son équipe, même si le capitaine prend des coups de son équipe et essuie des refus. La persistance, la volonté permettent à un capitaine d’aller de l’avant.

Au-delà de l’histoire politique que représente Invictus, il véhicule un message managériale fort : notamment le fait que pour gagner il faut faire un et non être plusieurs.

L’équipe de France devait remporter sa seconde étoile en coupe du monde de football en Allemagne pour une raison : sur le terrain elle ne faisait qu’un.

Dans le monde professionnel, on ne crée pas des équipes qui gagnent en divisant pour mieux régner, mais en utilisant les compétences individuelles de son équipe là où elles sont les plus efficaces tout en aidant chaque membre à développer celles qu’ils désirent développer mais sans perdre l’objectif des yeux. En apprenant chaque membre à travailler en équipe.

Le meilleur moyen de rapprocher deux mondes que tout oppose : les blancs et les noirs d’Afrique du Sud c’est de leur apprendre à travailler ensemble, c’est le cas du service de sécurité de Mandela composé de Sud-Africains blancs et noirs sous la houlette d’un noir.

Le plus est de regarder ce qui se passe dans les administrations françaises et les méthodes de management archaïque qui s’y pratiquent ou des entreprises publiques en passe de devenir privées. C’est affligeant de voir la misère managériale s’y pratiquer et de voir comment des responsables d’équipe détruisent la motivation individuelle et collective de leurs membres ne faisant d’eux que des robots bon pour une révision qui ne prend pas quelques heures mais des années voire toute une vie.

On considère pour notre part chez N.R.M Consulting Group que l’on peut changer les choses et les méthodes de travail en passant par la prise de conscience d’une part, une analyse de fond en amont en intégrant chaque membre de l’équipe au process, en les impliquant, et en en ancrant dans la durée les acquis en aval.

Ce n’est pas qu’un projet, qu’un papier que l’on propose aux entreprises, à leurs cadres dirigeants, à leurs salariés, mais un vrai un changement, un changement éprouvé et mis en pratique auprès de nos clients à travers nos expériences professionnelles.

C’est pour cela que l’on croit, dur comme fer, que les dirigeants peuvent devenir des sources d’inspiration et conduire leurs équipes à la victoire.

Marc-Henri Reboul de Wissner
MHR Consulting
N.R.M Consulting Group Member »

13 mai 2010 à 9 h 59 min
Annemarie Heinzl écrit :

J’ai le livre qui retrace les 12 ans de négociation avant l’arrivée de Nelson Mendela au pouvoir.
Demain est un autre pays, Allister Sparks.
Le film est une suite de ce livre à mes yeux. J’ai donc eu un énorme plaisir de découvrir la suite.
Invictus, je suis allée le chercher s.internet et je l’ai mis en fond d’écran avec 2 autres textes forts.

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