Invictus, une leçon de leadership par Mandela   6 décembre 2013

Après le décès de Nelson Mandela, le film Invictus repasse à la télévision. Ne le manquez pas.
C’est aussi l’occasion de publier à nouveau ce billet, qui analyse le leadership incarné par Mandela.

La finale de la Coupe du Monde de Rugby de 1995 fut perçue dans le monde entier comme un grand événement sportif. Pour l’Afrique du Sud, ce fut encore bien davantage : un tournant historique, un événement de portée nationale, qui refermerait les blessures du passé et ouvrirait de nouveaux espoirs.

Lorsque Mandela arrive au pouvoir, après 27 ans d’emprisonnement, l’Afrique du Sud est un pays meurtri, au bord de l’implosion. Pour réconcilier les ethnies, il ne suffit pas de proclamer la fin de l’apartheid. Le pays a besoin d’un symbole et d’un ferment d’unité nationale.

Pays hôte de la Coupe du Monde de Rugby, l’Afrique du Sud est automatiquement qualifiée pour la compétition. Mais les Springboks sont considérés comme une équipe mineure manquant d’expérience sur la scène internationale : à cause de l’apartheid, l’Afrique du Sud a été écartée des rencontres internationales durant des années. Personne ne croit les Springboks capables de remporter la victoire, et eux-mêmes n’y croient pas. Malgré cela, Mandela décide de miser sur une victoire des Springboks.

En faisant appel au sport pour réconcilier le pays avec lui-même, Mandela s’est montré visionnaire. Il était conscient de la nécessité de mobiliser et rassembler la nation autour d’un projet. Mandela savait que l’ensemble de la population devrait renouer le dialogue et se mettre à travailler main dans la main pour que le pays réussisse. Quelle meilleure illustration de ce concept qu’une victoire de l’équipe nationale ? Mandela rêve d’une «nation arc-en-ciel», dont le maillot vert et or des Springboks serait le premier symbole visible.

Mais face à la gravité de la crise sociale et économique, même les plus proches conseillers du président se demandent s’il est raisonnable de se focaliser sur le rugby. Beaucoup se demandent aussi pourquoi Mandela soutient les Springboks (le rugby étant un sport de Blancs) alors que les Noirs de son pays veulent éradiquer à jamais ce nom et cet emblème qui leur rappellent cruellement la ségrégation.

Mais Mandela a saisi, génialement, que ce symbole de division et de haine pouvait devenir un instrument au service de la réconciliation nationale. Utiliser la Coupe du Monde comme forum était une idée brillante, l’enjeu se situant bien au-delà d’une simple rencontre sportive. Mandela prenait fait et cause pour une équipe haïe des Noirs et obligeait tout son peuple à faire de même.

Mais une compétition sportive ne se prépare pas dans l’enceinte d’un cabinet présidentiel. Mandela se tourne donc vers le seul homme qui peut l’aider à atteindre son objectif : le capitaine des Springboks, François Pienaar. Mandela lui demande de se transcender et d’aller au-delà des attentes de son pays en remportant la Coupe. C’est énorme et sans précédent. François en est conscient, et toute son équipe comprend avec lui qu’elle est devenue un instrument politique de premier plan.

Dans le film, Mandela cite un poème qui fut pour lui un soutien et une source d’inspiration durant sa longue captivité. Ce poème, «Invictus», est l’œuvre de William Ernest Henley « Je suis le maître de mon destin, je suis le capitaine de mon âme »

Les leçons de leadership à en tirer pour le manager

Ce film est une source d’inspiration pour le manager, à plusieurs titres :

– Le leadership. Mandela ne fait rien d’extraordinaire, il ne crie pas, ne gesticule pas, ne menace pas. Il paraît même modeste et effacé. Et pourtant son leadership est incontestable, naturel, car il sait ce qu’il veut et où il va : « je suis le maître de mon destin, je suis le capitaine de mon âme ».

Dans notre rôle de manager, cultivons-nous ce leadership incontestable que produit la « vision », la faisons-nous partager à notre équipe contre vents et marées ?

– Ne jamais partir battu. Un conseiller de Mandela : « Selon les experts, les Springboks sont incapables d’aller en finale». Mandela : « Selon les experts, vous et moi devrions encore être en prison ».

Savons-nous déjouer les échecs annoncés, les auto-prédictions négatives, et les remplacer par une volonté implacable de gagner, de renverser la fatalité ?

– La vengeance remisée au placard. Après avoir été prisonnier durant 27 ans, Nelson Mandela veut recréer une nation multiraciale. Au début du film, il s’exprime devant les fonctionnaires de la présidence, presque tous blancs, et leur propose de continuer à travailler avec lui.

Savons-nous dépasser nos petites rivalités internes pour construire ensemble la réussite de l’équipe, de l’entreprise ?

– Accorder de l’importance aux « petites gens ». À plusieurs reprises durant le film, Mandela a un mot aimable, un signe de considération pour les personnes avec qui il est en relation, qu’ils soient Blancs ou Noirs, ministres ou domestiques. Chacun a de l’importance, de la valeur à ses yeux.

Dans notre rôle de manager, savons-nous accorder de l’importance aux « petites mains » qui nous entourent ? Savons-nous leur faire ressentir à quel point elles sont importantes pour nous ? Manager une équipe, c’est être attentif à chacun de ses composants, aussi modeste soit-il.

– La puissance des symboles. Dans un pays divisé, déchiré, Mandela produit des gestes symboliques dont la portée est immense.

J’en citerai 3 :

1) Il envoie l’équipe de rugby nationale (blanche) jouer avec les enfants pauvres (noirs) dans les townships pour leur faire découvrir ce sport. Résultat : tout le pays se rassemble derrière les Springboks durant la Coupe du Monde.

Savons-nous dépasser les rivalités internes pour unir tout le service, toute l’entreprise vers un but commun et glorieux ?

2) Il débarque au beau milieu d’une séance d’entraînement pour saluer individuellement par son nom chacun des joueurs de l’équipe. Résultat : chacun se sent personnellement investi d’une mission qui le dépasse, et se défonce pour son pays.

Savons-nous mobiliser individuellement chacun de nos équipiers pour qu’il se dépasse pour le projet de l’équipe, de l’entreprise ?

3) Il arrive revêtu du maillot des Springboks lors de la finale contre les All Blacks, pour afficher son soutien à son équipe, et son appartenance à un pays « arc-en-ciel ». Résultat : les joueurs sont galvanisés, les spectateurs sont chavirés, et l’équipe gagne, portée par tout un peuple.

Savons-nous organiser (ou exploiter) des événements à forte portée symbolique pour unir les hommes et les femmes de l’équipe dans un élan qui les dépasse ? Pour forger un sentiment d’appartenance auquel rien ne résiste ?

Invictus est une émouvante histoire vraie qui met en lumière le meilleur de l’homme et de ses capacités. Sachons nous en inspirer pour notre management.

Invictus, un film de Clint Eastwood, avec Morgan Freeman, Matt Damon…
Sources d’inspiration pour cet article : premiere.fr et commeaucinema.com

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Cette entrée a été publiée le vendredi 6 décembre2013 à 20 h 10 min, et rangée dans Management, Motivation. Vous pouvez suivre les réponses à cette entrée via son flux RSS 2.0.Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un rétrolien depuis votre site.
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2 réponses

23 juin 2014 à 16 h 11 min
Philippe écrit :

La Coupe du Monde bat son plein, c’est la période idéale pour voir ou revoir Invictus. Ce film est splendide et nous rappelle que la motivation et l’esprit d’équipe nous permettent de nous surpasser.

21 juillet 2014 à 13 h 35 min
Simon écrit :

Il est vrai que le film de Clint Eastwood met en avant les bénéfices de l’esprit d’équipe dans le monde du sport. Avoir une équipe unie et motivée est également un atout majeur pour une entreprise !

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